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High-Opp

mercredi 17 septembre 2014

Après une longue période de désordres, la Terre s’est dotée d’un gouvernement mondial formé par des technocrates. L’originalité de ce gouvernement vient du fait qu’il n’est pas issu d’une élection comme cela se pratique (en théorie) de nos jours. En effet, sa légitimité vient des sondages d’opinions. Les sondés, un panel d’individus sélectionnés comme représentatifs de l’ensemble des citoyens, doivent répondre à des questions de ce genre : Pour faire des économies êtes vous favorables à une réduction des fonctionnaires ? La réponse à une question biaisée est évidemment automatique, qui peut être opposé à des économies ?

Suivant le résultat de ces sondages (pas toujours neutres), certains dirigeants peuvent ainsi être déchus de leurs privilèges, c’est ce qui arrive à Daniel Movius. Un haut dirigeant convoitant sa fiancée, il est débarqué, « low-oppé » et se retrouve brutalement tout en bas de l’échelle sociale. Le récit relate comment il entreprend de se venger et sa rencontre avec l’aide d’un groupe de dissidents opposés à l’actuel ordre social du monde. Si les personnages du roman utilisent une forme embryonnaire de la célère psycho-histoire inventée par Asimov, ils n’en maîtrisent pas toutes les ficelles et se laissent surprendre par les événements.

Dans ce récit bien que technologiquement daté (il fut écrit il ya 60 ans et l’ordinateur n’existait pas) Frank Herbert se révèle être l’un des premiers à percer à jour le danger des sondages à tout va qui semblent vouloir régenter le monde d’aujourd’hui. Comme dans ses futurs ouvrages, Herbert défend les valeurs humaines contre toutes les formes d’oppression et la richesse de sa thématique contient bien en germe ce qu’il développera dans Dune, la Mort blanche ou Dosadi. Si le pouvoir avec ses privilèges et ses abus est, dans la plupart des cas, corrupteur, ainsi que le montre l’auteur de façon évidente, la révolution est comme toujours prête à dévorer ses enfants.

Si Herbert excelle à se projeter dans les intrigues de pouvoir et le jeu des idées, ce roman souffre d’une faille relevée par Gérard Klein dans la postface. Les deux principaux personnages féminins semblent davantage voués au rôle de potiches décoratives que de véritables héroïnes. Grace est totalement infantilisée par un père obnubilé par sa seule vengeance et Cecilia Lang, transformée de force en assassin est bien peu crédible dans son rôle de Messaline de pacotille. Pour ce qui est des relations sexuelles entre Movius et Cecilia (sa première fiancée) le platonisme qui les réunit prête surtout à rire, tout comme les débuts du mariage de ce même Movius avec Grace. Une hypocrite pudibonderie aujourd’hui bien ridicule mais qui était la règle dans la littérature américaine des années 40-50.

La préface de Kevin J. Anderson et la postface de Gérard Klein éclairent et restituent le texte dans son contexte historique et dans la vie de l’auteur qui, à l’époque, présente des œuvres trop ambitieuses et trop intellectuelles pour le public américain de base. Faute d’être en accord avec les critères de cette SF américaine, Herbert ne trouve que difficilement à être publié. Cette sorte de procès en intellectualisme ne se limite d’ailleurs pas à Herbert : Philip K. Dick connu ses premiers grands succès en France et ne fut reconnu que plus tard par la critique américaine.

Présenté par l’éditeur comme un roman de jeunesse de Frank Herbert, ce texte a, vraisemblablement, été écrit entre 1955 et 1960, période où l’auteur a entre 35 et 40 ans. Si ce n’est donc pas à strictement parler une œuvre de jeunesse, High-Opp est néanmoins l’un des textes fondateurs de la vision herbertienne d’une science-fiction exigeante au niveau des idées. Rien que pour cela, il méritait d’être publié.

High-Opp

  • Frank Herbert (traduction Patrick Dussolier)
  • Robert Laffont, Collection Ailleurs et Demain
  • 250 pages
  • 21,00 €
  • 9782221145869

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