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Humanisme et science-fiction : un grand...

lundi 8 juin 2015, par François Membre

De nos jours, dans les Deux-Sèvres. Le petit Léo, pas tout à fait trois ans et demi, regarde par une fenêtre au travers de laquelle il aperçoit quelque chose d’insolite. Un espèce de gros champignon qui a poussé dans la nuit. Echappant à la surveillance d’Elodie, sa mère, il court vers l’objet. Elodie réagit avec un temps de retard, son bébé court vers cette chose, une étrange bulle blanche d’une cinquantaine de mètres de diamètre, et il disparait.

Prévenues, les autorités pensent d’abord à un drame familiale : la mère aurait tué son fils et se serait débarrassée du corps. Mais très vite, cette vision simpliste de l’événement est contredite. D’autres bulles blanches sont apparues un peu partout sur Terre et partout des enfants de moins de quatre ans disparaissent, comme avalés par les choses.

Les scientifiques émettent des hypothèses contradictoires, les bulles sont d’origine minérale, animale, végétale, mécaniques, elles sont le résultat de mutations, de la pollution ou d’origine extraterrestre. Comme les dames blanches, ainsi qu’elles sont maintenant nommées se multiplient sur la planète et que le nombre de disparition d’enfants ne cesse de croître, les gouvernements nationaux décident de détruire l’envahisseur. Sans succès aucun, même l’emploi de bombes atomiques se révèle inadapté.

Mais si les hommes ne comprennent rien aux dames blanches, celles-ci ne sont pas inactives : elle émettent des ondes magnétiques qui perturbent les réseaux électriques et numériques, et amènent à leur disparition entraînant une régression technologique sans précédent. La civilisation humaine se retrouve au niveau de la fin du XIXe siècle…

Par le biais de ces dames blanches, Pierre Bordage s’attaque, bille-en-tête, à plusieurs démons qui hantent les esprits depuis la période sombre de l’Occupation et même bien avant. Sous l’égide d’une ONU implacable, toutes les nations votent « la loi d’Isaac ». Et Bordage réécrit le mythe de Baal-Moloch où les hommes sacrifiaient leurs enfants à un dieu cruel afin de s’attirer les faveurs divines. Ici, puisque seuls les enfants de moins de quatre ans peuvent pénétrer dans les bulles, ils seront lestés d’explosifs divers pour affaiblir et peut-être détruire les dames blanches. Des brigades spéciales sont créées pour effectuer la collecte des enfants, et chaque famille doit en livrer un !

Le flicage de la population progresse à grands pas et une dictature morne s’abat sur la planète entière alors qu’une résistance commence à émerger face à la barbarie. L’intérêt du récit, outre la façon de montrer comment l’humanité plonge dans la barbarie et l’égoïsme forcené réside dans l’absence de héros. Les acteurs de ce drame qui se déroule sur plus de trente ans sont des êtres normaux, pas de super-intelligence ni de super-pouvoirs ce qui rend l’histoire encore plus crédible et tragique.

Il était une époque où l’on disait de la science-fiction qu’elle était une littérature d’idées mais que c’était mal écrit. Les dames blanches de Pierre Bordage confirme que ce truisme est aujourd’hui dépassé. Dans ce récit profondément humain et humaniste, nous avons les idée et l’écriture. Un livre qui confirme, que sans conteste possible, Pierre Bordage est l’un des meilleurs écrivains français vivants à explorer les domaines de l’imaginaire.

Les Dames blanches

  • Pierre Bordage
  • l'Atalante
  • 448 pages
  • 23 €
  • 9782841727186

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