Critiques littéraires de livres et BD, actualités de la lecture

Accueil > Critiques > Romans > J’aime ce qui vacille

J’aime ce qui vacille

mercredi 20 mars 2013, par François Membre

Sofia est morte ! Sofia, cela veut dire sagesse en grec. Sofia, la mal nommée, est morte. Jeune fille fragile, elle était tombée amoureuse d’un homme qui l’a fait plonger dans l’enfer de la drogue. Sofia est morte d’une nouvelle maladie dont on n’aime pas dire le nom.

Sofia est morte, laissant ses parents seuls dans l’impasse d’un deuil qu’ils n’arrivent pas à accepter.

Illmar, son père désire organiser une fête, ce sera la fête du solstice, il l’a décidé. Un bal costumé, où se retrouveront tous les habitants de la tour où il vient d’emménager avec Sigui son épouse. Un appartement dont l’occupation commence le jour des obsèques de Sofia. Sigui, elle vit avec sa fille. Sofia occupe toutes ses pensées, pour essayer de comprendre les pensées de cette enfant perdue, Sigui se lance dans une quête, celle de l’histoire de Sofia, comment une petite fille heureuse est devenue un fait divers...

Rongés par le chagrin et la crainte d’avoir été de mauvais parents, le couple s’étiole, se distend et s’aventure sur les chemins de l’incompréhension. Mais la tour compte sept étages avec des occupants qui ont aussi leurs soucis, leurs propres problèmes et, enclenchée par Paulet, l’apprenti d’Illmar, une étrange alchimie va commencer à se mettre en branle.

Pour son onzième ouvrage, Rose-Marie Pagnard nous livre un récit tout en demi-teintes. Doux-amer, son texte nous restitue de façon poignante la tentative d’un couple pour se reconstituer, ou se dissoudre, après la mort de leur fille unique. Dans ce livre où il n’y a pas d’aventure, pas de farce, pas de héros l’on ne trouve que des gens ordinaires qui traversent des vies simples et communes. Pourtant, tous les protagonistes cachent au fond d’eux-mêmes une fêlure secrète, une fracture de l’âme ou du cœur qui les rend encore plus humains.

Passant d’une famille à l’autre, de dialogues imaginaires à des faits réels, sans perdre le lecteur au détour d’une phrase élégante, Rose-Marie Pagnard nous prend par la main et nous emmène à la découverte de Sofia et des habitants de la tour. Pour ce faire, l’auteure use d’une langue chatoyante et riche à l’instar de ces tissus dont Illmar se sert et qui sont aussi bien pour faire la fête que pour rendre présentable des corps trahis par l’âge. Rose-Marie Pagnard nous invite à passer par « les eaux noires du malheur » pour se retrouver. Si, pour l’exorciser, l’auteure glisse en filigrane sa propre expérience c’est aussi et surtout un livre de réconciliation avec les autres mais aussi et surtout avec soi même.

Un ouvrage poignant et profondément humain.

J’aime ce qui vacille, Rose-Marie Pagnard. Editions Zoé, 224 pages, 19 euros

  • Rose-Marie Pagnard
  • Zo

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?