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Le Calice des secrets

dimanche 22 janvier 2017, par François Membre

Dans un petit village du Périgord, l’abbé Fleury apprend la mise en accusation de l’abbé Loisel pour crime de pédophilie. Appelé en urgence par son évêque, il comprend qu’il risque d’être lui aussi mis en examen sur dénonciation de l’un ou l’autre des enfants qu’il a aimés et qui, devenus adultes, revivent leur liaison comme un péché mortel. Ne s’est-il pas confessé auprès du même évêque, à l’époque simple abbé et aujourd’hui cardinal ?

Dans les années 1900-1940, l’abbé Bethlehém s’était donné comme mission de mettre au pas les écrivains et les obliger à respecter les « bonnes mœurs ». En 1904, il publiait Romans à lire et romans à proscrire, sous-titré «  Essai de classification au point de vue moral des principaux romans et romanciers de notre époque (1800-1914) », l’abbé distinguait trois catégories de livres : les romans mauvais, les romans « intermédiaires » et les bons romans. Du haut de son ministère, il fustigeait ce qui n’était pas conforme à sa vision.

Est-il nécessaire de dire que, pour lui, Le Calice des secrets entre dans ce qu’il jugeait un mauvais roman ? Mettre sur le même plan la pédophilie et l’Eglise est une notion peu prisée, même si une actualité récente semble accréditer cette thèse. Pourtant, les prêtres et les amitiés particulières ne sont pas une nouveauté dans la littérature, Henry de Montherlant, André Gide ou Roger Peyrefitte explorèrent, en leurs temps, les dessous des soutanes. Mais ici, ce qui donne plus de poids aux propos de l’auteur est qu’il n’est pas un profane. Même s’il n’est pas en odeur de sainteté auprès de sa hiérarchie, Bernard Duvert est membre du sérail. Ordonné prêtre en 1979, après diverses prises de position peu conforme avec la règle, l’auteur est nommé au diocèse de Parthénia (disparu au Ve siècle) où se retrouvent tous les gêneurs.

Bernard Duvert nous donne ici un récit sulfureux mais aussi un récit qui ressemble à un règlement de comptes avec sa hiérarchie accusée de pratiquer la loi du silence. Une omerta qui, d’après lui, de l’intérieur, serait un secret de polichinelle. L’auteur fait référence au Theologicum Sexum, un ancien ouvrage écrit par le pape Sixte IV (1414-1484) où il est écrit que « pour les prêtres, la merveille semblable à Dieu est le jeune homme pré-pubère à la fois homme et femme comme Adam avant le péché, avant que celui-ci, ange déchu, n’ait forniqué avec Ève, la femme fautive éternelle  ». Coupable de pédophilie, lâché par sa hiérarchie dans la personne du cardinal qui savait mais n’a rien fait, l’abbé Loisel est une victime de la doctrine misogyne de l’Église.

L’abbé Bethlehém avait tort. Si Le Calice des secrets est un livre sulfureux, il mérite d’être lu. Car il oblige le lecteur à s’interroger, à se poser des questions sur la sexualité et sur la vie des prêtres. Mais, même s’ils peuvent avoir des circonstances atténuantes, on ne touche jamais un enfant ! Jamais !

Le Calice des secrets

  • Bernard Duvert
  • la Différence
  • 240 pages
  • 17 €
  • 978-2-7291-2305-5

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