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Le Goncourt à Littell

lundi 6 novembre 2006, par Georges Fernandes

Jonathan Littell a appris la nouvelle à Barcelone, où il vit, et a tout simplement dit sa satisfaction à son éditeur qui l’a transmis aux jurés. L’Américain, qui a déjà vendu 250.000 exemplaires de son roman Les Bienveillantes (éditions Gallimard), a remporté lundi le Prix Goncourt 2006 au premier tour de scrutin. Son absence pour la remise du prix est une attitude exceptionnelle mais qui correspond à ses déclarations sur son détachement vis-à-vis des prix littéraires.

Qu’on ne s’y méprenne toutefois pas, explique l’auteur dans un petit mot lu aux jurés par son éditeur : "il souhaite que son absence ne soit pas un malentendu et encore moins une forme de mépris du jury". C’est seulement une manière de "rester en retrait". "C’est tout à son honneur de ne pas se stariser et de dire : l’isez mon livre’. Il n’y a qu’une chose à dire, c’est un très très grand livre", répond Didier Decoin, secrétaire général de l’Académie Goncourt, après le vote. La présidente du jury, Edmonde Charles-Roux, s’est pour sa part félicitée du choix de cette année : "On ne pouvait pas passer à côté d’un monument pareil. Le vote a été très définitif, comme toujours au Goncourt. Très violent : les uns pour, les autres contre, mais c’est quand même une formidable élection".

Depuis deux mois, Littell a réservé ses discrètes apparitions publiques à des rencontres avec ses lecteurs et refusé de polémiquer avec ceux qui s’interrogent, à l’instar du cinéaste de "Shoah" Claude Lanzmann, sur la manière dont son roman peut être reçu. Claude Lanzmann estime que Littell est "fasciné par son personnage et se délecte de son abjection (...) A l’heure où les derniers témoins de la Shoah disparaissent et où s’opère le passage de la mémoire à l’Histoire, Jonathan Littell renverse les termes et insuffle à un SS, héros sans mémoire, l’Histoire comme mémoire".

Confessions d’un SS

Le roman de Littell, de plus de 900 pages et écrit directement en français, fait grand bruit depuis la rentrée. Le romancier américain de 39 ans et parfaitement bilingue en français, y narre la confession d’un franco-allemand devenu officier SS ayant pleinement participé à la mise en �uvre du génocide perpétré sur les juifs. Max Aue, intellectuel raffiné devenu un technicien de l’horreur, décrit sans aucun remords les atrocités qu\’il a commises sur le front de l’est.

Né en 1967 à New-York, Jonathan Littell est le fils du journaliste et écrivain américain Robert Littell, spécialiste du roman d’espionnage. Il a parcouru les zones de conflit pendant 15 ans pour le compte d’organisations humanitaires avant de se consacrer à la rédaction de son livre. Jonathan Littell, qui habite Barcelone, n’a jusqu’à présent donné que quelques rares interviews et s’est déclaré indifférent aux prix littéraires. Les Bienveillantes était en compétition pour les six grands prix littéraire de l’automne. Le roman a été distingué dès l’ouverture de la saison des prix, le 26 octobre dernier, par le Grand prix du roman de l’Académie française.

Série de meurtres rocambolesques

Le Prix Renaudot 2006 a pour sa part été attribué lundi à Alain Mabanckou pour Mémoires de porc-épic (éditions Seuil). Alain Mabanckou l’a décroché de justesse au dixième tour, la voix du président comptant double. Dans ce roma, Alain Mabanckou parodie une légende populaire africaine selon laquelle chaque être humain possède son double animal. Il livre dans ce récit l’histoire d’un étonnant porc-épic, chargé par son alterego humain, un certain Kibandi, d’accomplir à l’aide de ses redoutables piquants toute une série de meurtres rocambolesques. Malheur aux villageois qui se retrouvent sur la route de Kibandi, car son ami porc-épic est prêt à tout pour satisfaire la folie sanguinaire de son " maître " !

Né en 1966 à Pointe-Noire (Congo), où son père est réceptionniste dans un hôtel, il est Congolais de naissance, francophone de nature et Américain d’adoption.Après des études de droit en France, il entre comme juriste à la Lyonnaise des eaux, et publie des recueil de poèmes. En 2002, Alain Mabanckou devient professeur de littérature francophone à l’université du Michigan où il enseigne en français et en anglais. Il rejoint trois ans plus tard, en octobre, la prestigieuse université de Californie-Los Angeles (UCLA).

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