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Le salon du livre vient juste de fermer ses...

jeudi 24 mars 2016, par Georges Fernandes

Le salon du livre vient juste de fermer ses portes que les polémiques et attaques tombent de toutes parts. Certaines sont peut-être justifiées, d’autres sont vraiment d’un niveau d’un crétinisme sans fond. Pour preuve, Augustin Trapenard dans le Grand Journal de Canal+ s’est inquiété avec raison sur la présence de plus en plus importante des sociétés d’autoéditions. Qu’ils soient présents c’est normal mais qu’ils puissent prendre une proportion aussi grande donne le droit à la surprise et à l’inquiétude. Mais voilà qu’une femme, Amélie Antoine, qui se prétend avoir la juste pensée puisque auteure attaque le critique et avance pour cela des raisonnements qui ne sont pas acceptables.
Elle attaque M. Trapenard en disant qu’il critique sans argumentation le fait que l’autoédition est une trahison au métier du livre. Pourtant il a bien dit le pourquoi du comment dans son raisonnement, mais n’entend que celui qui veut… Elle attaque point par point son argumentation qui n’existe pas, on va les reprendre ensemble.

Le métier d’éditeur : Elle avance que les éditeurs sont les premiers à faire la chasse dans le top 20 d’Amazon, qu’ils sont contents d’avoir des textes qui plaisent et qui ont eu l’avantage de convaincre un lectorat. C’est vraiment mal connaitre le monde de l’édition. Bien entendu que sur plusieurs années il doit bien avoir des ouvrages d’Amazon qui ont trouvé des éditeurs pour les reprendre. Déjà on note que les autoédités continuent à rêver d’être édité par un vrai éditeur ce qui sous-entend qu’Amazon n’a toujours pas gagné son titre d’éditeur et reste toujours un vendeur, un marchand. Ensuite, ce que madame semble ne pas savoir c’est que la moyenne des ventes d’un livre en France est de 400 exemplaires. Donc un livre qui a eu la chance d’être bien vendu sur Amazon n’intéresse absolument pas les éditeurs classiques. Édité un livre c’est déjà prendre un risque financier et on espère toujours faire au minimum la moyenne de vente, alors si un livre l’a déjà fait pourquoi l’éditeur prendrait un double risque ? Il faut être précis sur ce point un livre en autoédition est pour 99% des cas un livre mort en édition classique.

Le métier de traducteur : Elle avance qu’un roman autoédité qui rencontre un succès va être repérée par des éditeurs étrangers qui vont alors rémunérer un traducteur… Oui bien sûr et le Père Noël va même l’offrir aux petits enfants. La vérité c’est que par exemple aux États-Unis seul 1% des livres étrangers sont traduits et édités. Je répète 1%. Pas de quoi fournir du travail.
Le métier de correcteur. Elle avance qu’un certain nombre d’auteurs indépendants embauchent un correcteur professionnel avant de publier leur manuscrit. Mais dans quel monde elle vit ou plutôt dans quel quartier de bourgeois . Grand bien lui fasse si elle a les moyens de se payer un correcteur mais son cas n’est pas une généralité. Une majorité des auteurs n’ont simplement pas les moyens de payer un correcteur. Cela c’est la vérité. Je ne critique pas les tarifs que les professionnels peuvent pratiquer, un travail mérite salaire. Et nous sommes là dans un point sensible qu’elle ne parle pas. L’argent. En effet c’est l’éditeur qui paye un correcteur quand le texte lui semble mérité cet effort financier. En autoédition c’est l’auteur qui doit avancer l’argent, je ne vois vraiment pas où se trouve son avantage.

L’autoédition serait un danger pour les libraires. Elle avance qu’elle ne voit pas en quoi et change volontairement le sujet pour parler du livre numérique. C’est ce que l’on apprend à faire en politique, quand la question ou le sujet ne plaît pas on contourne pour avancer autre chose. C’est faire du hors sujet. Elle semble vouloir ignorer que les ventes des livres numériques ne décollent pas, bien au contraire c’est même en baisse. Le numérique n’est pas et risque de n’être jamais une menace pour les libraires, en effet. Par contre, l’autoédition, ce sont des livres papiers vendus en direct, du site marchand aux lecteurs. Exit le libraire qui pour la peine est en train de perdre des clients. Donc oui les libraires vont mal en partie aussi à cause des autoéditer.

Le rôle du salon c’est de défendre les métiers du livre. Elle avance qu’elle pensait que le salon avait aussi pour rôle de défendre les auteurs. Mais personne n’a dit le contraire, dans les métiers du livre les auteurs ont leurs places, même importante car ils sont tous à la base du livre, sans eux pas de texte. Voilà encore une attaque gratuite et sans fondement. Et elle part dans une tirade sur la Poste qui est peut-être la seule entreprise perdante dans l’affaire car ce serait fini des dizaines de manuscrits que les auteurs doivent envoyer aux éditeurs en espérant une réponse positive. En arrive à bien sentir qu’elle a dû avoir du mal avec une certaine quantité de réponse négative de la part des éditeurs. C’est encore une fois vraiment mal connaitre le monde de l’édition puisque de plus en plus d’éditeurs acceptent à voir même réclament les manuscrits en fichier numérique. Cela prend moins de place, c’est plus facile pour la gestion… De plus, vu le nombre des parutions chaque année on peut croire que les éditeurs ne manquent pas de continuer à recevoir des manuscrits. C’est la preuve, si besoin, qu’ils lisent au moins une partie de ce qu’ils reçoivent.

Oui l’autoédition est à la fois une trahison et une catastrophe. C’est une trahison pour les auteurs qui rêvent de voir leurs textes en vente chez les libraires. Vu la surproduction actuelle, les libraires ne vont pas prendre de risque avec des livres dont en plus ils ne peuvent pas faire de retour. Eh non, un éditeur ne rêve pas de récupérer un livre qui se vend bien en autoédition, la vente étant déjà faite, le mal est irrécupérable. Et l’auteur ne comprend pas, car on ne le lui explique rien, on se contente de le faire rêver avec son argent.
C’est une catastrophe car cela renforce financièrement des grands groupes au détriment des libraires qui en période de crise ont du mal à faire face. C’est une catastrophe car on fait croire à des auteurs en herbe qu’ils peuvent vivre de leurs écrits.

Pour finir, je ne pense pas qu’une personne qui a reçu un prix d’Amazon de l’autoédition en 2015 puisse être une bonne juge sur la critique. J’écris ce que je pense, un autoédité n’est pas un auteur car il ne connaît pas les contraintes imposées par un éditeur, ne sait rien de la distribution chez les libraires et de plus pense qu’il est normal d’avoir 15 ou 17% en droit d’auteur. L’autoédition ce n’est qu’un rêve qui même réalisé reste pour toujours virtuel.
Pour autant, je pense que c’est aussi un bon moyen de partage pour des ouvrages qui ne trouveront que peu de lecteurs, souvent le premier cercle de la famille et des amis. Et c’est aussi un bon moyen d’apprendre à condition que cela soit gratuit comme sur le site thebookedition.com qui est une référence en la matière. En conclusion je ne suis pas contre l’autoédition je suis contre les fausses prises de position comme celle de Mme Amélie Antoine.

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